Scripta Antiqua 168
La correspondance privée dans la Méditerranée antique : sociétés en miroir
Date de parution : 10/05/2023
Scripta Antiqua 196
Essai de visualisation croisée sur la fabrique généalogique (Athènes, IVe siècle a.C.)
La famille des Bousélides, connue pour s’être disputé l’héritage d’Hagnias à Athènes au IVe s. a.C., a donné lieu à des reconstitutions généalogiques différentes les unes des autres car les sources donnent des portraits partiels et en partie contradictoires. En recourant à la visualisation dite croisée, qui expérimente et compare diverses formes visuelles pour représenter la matière généalogique livrée par les sources, ce livre apporte un éclairage neuf sur la parenté dans l’Athènes classique : il aborde de front la question de la fabrique généalogique, du côté des acteurs qui la manipulent pour gagner un procès comme des chercheurs qui tâtonnent pour reconstituer une “vraie famille” difficile à atteindre.
Pourquoi étudier des généalogies dont on ne possède que des bribes et dont on sait qu’elles sont tout autant un fait biologique que des constructions discursives ? Comment y parvenir en évitant à la fois l’écueil de la reconstitution positiviste et celui de la délégitimation des discours des acteurs ? Ce livre tente de répondre à ces deux questions entremêlées en appliquant en histoire ancienne les méthodes formalisées héritées de l’histoire quantitative et rattachées aujourd’hui aux humanités numériques.
L’étude porte sur les discours généalogiques produits par les descendants de Bouselos, qui se disputèrent la succession de leur cousin Hagnias mort sans enfant mâle à Athènes au IVe s. a.C. Cette a faire est au centre de deux discours judiciaires rédigés par Isée (Succession d’Hagnias) et le Ps.-Démosthène (Contre Makartatos). Le fait, peu fréquent, que l’on puisse encore lire deux récits contradictoires d’une même série de procès permet de comparer les portraits de famille proposés aux juges et, par là, d’étudier les manipulations généalogiques visant à se placer le plus avantageusement dans le cercle de parents, ainsi que les discours sur la parenté rédigés pour convaincre le tribunal. Pour ce faire, l’auteure s’appuie sur une méthode formalisée reposant essentiellement sur la pratique de la visualisation croisée, ainsi nommée car elle multiplie et compare entre elles les formes visuelles que sont les arbres généalogiques, les diagrammes de structure et les graphes. Croiser les formes visuelles, comme on croise les sources, permet de mieux étudier la fabrique généalogique des acteurs, mais également celle des chercheurs ui les observent. Ce livre élabore par conséquent une méthode nouvelle pour analyser une matière généalogique partielle, partiale, incertaine et hypothétiquement reconstituée : les multiples hypothèses prosopographiques que l’on doit conserver deviennent une force pour arriver à des conclusions valables quelle que soit l’hypothèse de reconstitution choisie. Le recours aux humanités numériques, en prenant au sérieux les discours des acteurs et en déconstruisant les outils des chercheurs, permet ainsi un éclairage neuf sur l’étude de la parenté dans l’Athènes classique. Le livre est accompagné d’annexes en ligne et de notes techniques qui permettent aux lecteurs de reproduire la méthode à d’autres champs d’étude.
Maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches à l’université Rennes 2, Karine Karila-Cohen est spécialiste d’histoire sociale de l’Athènes antique qu’elle aborde au moyen d’enquêtes prosopographiques. Elle s’intéresse à la construction de la généalogie, à la fois comme support de la recherche et comme discours des acteurs, mais également aux outils mis en œuvre pour étudier les phénomènes de parenté, tout particulièrement les outils de visualisation
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