Ad coronam
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Mémoires 68

Ad coronam

Peintures monumentales et cultes des saints au XIe siècle à Saint-Savin-sur-Gartempe

Claire Boisseau

Grâce à des relevés archéographiques des peintures, qui sont confrontées aux textes hagiographiques et aux vestiges archéologiques, un pan oublié de l’histoire du site réapparait. En corrélation avec l’Ancien Testament peint à la voûte de la nef et avec la Passion du Christ de la tribune, la fonction pédagogique des peintures, jusque-là qualifiées de « Bible en image », est réévaluée au profit de leur portée liturgique et de leur sens monastique. En effet, tout en reflétant les revendications propres de l’abbaye qui se reconstruit, elles s’inscrivent au sein d’un programme liturgique et témoignent de la spiritualité d’une communauté qui, tout en reconstruisant les murs de son église, manifeste un élan spirituel renouvelé à travers les saints qu’elle porte sur les autels.

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Les peintures murales de Saint-Savin-sur-Gartempe (XIe siècle, UNESCO) comptent trois cycles hagiographiques méconnus. Deux d’entre eux, particulièrement mal conservés, ont fait l’objet de relevés archéographiques. L’analyse issue de ces relevés permet d’identifier les différents saints vénérés dans l’abbatiale et de mesurer l’importance variable de chacun : les saints Savin et Cyprien, patrons de l’édifice et martyrs fondateurs sont vénérés dans la crypte ; saint Marin, patron secondaire, dont le culte est relancé au début du XIe siècle à la faveur de l’Inventio de ses reliques, est placé dans la chapelle axiale ; et saint Denis, évêque de Paris, dont le cycle côtoie une Passion-Résurrection du Christ dans la tribune occidentale, apparait en sa qualité d’apôtre des Gaules, rattachant ainsi l’abbaye à la chaîne apostolique. En confrontant les peintures aux textes hagiographiques correspondants ainsi qu’aux vestiges archéologiques, un pan oublié de l’histoire du site réapparait. En corrélation avec l’Ancien Testament peint à la voûte de la nef et la Passion du Christ de la tribune, la fonction pédagogique des peintures, jusque-là qualifiées de « Bible en image », est réévaluée au profit de leur portée liturgique et de leur sens monastique. En effet, tout en reflétant les revendications propres de l’abbaye qui se reconstruit, les peintures s’inscrivent au sein d’un programme liturgique centré sur la Septuagésime et la préparation à la fête de Pâques. Cette préparation à Pâques rejoint l’exégèse de la vie monastique elle-même comme course du stade à l’issue de laquelle le moine, nouveau martyr, est invité à recevoir la couronne de vie. Ce faisant, les images hagiographiques participent de l’Histoire du Salut peinte à la voûte et témoignent de la spiritualité d’une communauté qui, tout en reconstruisant les murs de son église, manifeste un élan spirituel renouvelé à travers les saints qu’elle porte sur les autels.

24/09/2026

Claire Boisseau est titulaire d’un doctorat en histoire de l’art médiéval de l’Université de Poitiers (CESCM, UMR 7302) obtenu en 2022. Spécialiste des peintures murales des xie-xiie siècles, elle est chargée de recherche CNRS au Centre André Chastel (Sorbonne, UMR 8150) depuis 2023. Historienne de formation, Historienne de l’art par son objet d’études, et archéologue par son approche matérielle des vestiges peints, elle accorde une importance primordiale à l’interdisciplinarité.