Fragments de cités
Fragments de cités

Scripta Antiqua 201

Fragments de cités

Groupes et communautés infra-civiques à Cos, Délos et Rhodes (IVe s. a.C.-IIIe s. p.C.)

Alexandre Vlamos

À l’époque hellénistique et au début de l’époque romaine, des cités égéennes comme Cos, Délos et Rhodes présentent une abondance de groupes et d’associations, ainsi qu’une complexité d’organisation interne qui mettent en question l’idée de la polis comme entité monolithique : le modèle d’une cité plurielle, riche de ses “fragments”, semble plus pertinent. À partir des cas spécifiques de ces trois îles à la riche documentation épigraphique et archéologique et en écrivant une histoire non à partir du point de vue de la cité, mais à partir de celui des groupements, cet ouvrage entend ainsi restituer la pluralité d’appartenance, d’identité et de pratiques sociales et politiques des membres de ces cités.

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La cité grecque était loin d’être une entité homogène. Elle était composée d’une multitude de communautés – subdivisions civiques, associations, familles, groupes sociaux … – qu’Aristote définit comme des “parties” de la communauté politique. Cet ouvrage aborde ainsi ces communautés situées à l’intérieur de la cité comme des fragments instituants de celle-ci, abordant la question de la tension entre l’un et le multiple, entre la cité comme instance centrale, dotée d’un surcroît d’être, et des communautés dont l’intérêt propre est parfois distinct de celui de la cité, voire en contradiction avec elle, poussant à la négociation entre les différentes échelles communautaires. La cité a-t-elle le monopole du koinon, du bien communautaire ?

L’étude se concentre sur trois cités insulaires de la mer Égée aux époques hellénistique et romaine, Cos, Rhodes et Délos, qui connaissent une abondance de groupements infra-civiques et une documentation, majoritairement épigraphique, suffisante pour tenter d’en faire l’histoire. Au sein de ces cités, elle s’intéresse à trois configurations communautaires, de la plus institutionnalisée à la moins évidente : l’organisation publique et le lien entre la cité et les subdivisions civiques à Cos et à Rhodes après leur synœcisme ; la multitude de groupes à Délos après l’octroi de l’île à Athènes par le Sénat romain en 167/6 et la construction d’une communauté locale marginale ; et les groupes sociaux à Cos, fondés sur la participation à une souscription ou sur la possession de la citoyenneté romaine, à partir d’études prosopographiques originales.

L’ouvrage entend ainsi appeler à la construction d’un modèle de la cité plurielle, fondée sur la multiplicité des groupes de participation, sur la pluralité des appartenances et des identités et sur l’expérience de la fragmentation et des tensions que les Grecs ont dû vivre dans leurs cités.

29/10/2026

Alexandre Vlamos est agrégé d’histoire, docteur en histoire et archéologie des mondes anciens de l’université Paris Nanterre, et actuellement maître de conférences en histoire grecque à l’université Rennes 2. Il est membre de l’UMR 6566 CReAAH – LAHM.