De Troie à Rome
De Troie à Rome

Scripta Antiqua 203

De Troie à Rome

Poétique des lieux et objets de mémoire dans l'Énéide de Virgile

Emmanuelle Raymond-Dufouleur

À partir de l’examen des dimensions linguistiques, métriques, idéologiques et historiographiques, elle évalue les enjeux mémoriels de l’épopée et revisite les débats sur la poétique virgilienne. L’enquête met en évidence la construction littéraire d’une mémoire collective et l’édification d’une romanité encore en devenir à l’aube du principat augustéen. En suivant les voix du narrateur, du lecteur, les jeux d’échos textuels et les commentaires antiques et modernes, l’ouvrage suggère la redécouverte d’une œuvre d’une richesse interprétative millénaire et ouvre de nouvelles pistes pour comprendre la puissance narrative de Virgile.

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Fondé sur l’idée que les lieux et objets de mémoire dans l’Énéide fonctionnent comme des marqueurs d’une poétique virgilienne de la romanité, à une époque où la définition de l’identité romaine constitue un enjeu majeur des dynamiques politiques et sociales du régime augustéen, cet ouvrage met en évidence la construction littéraire d’une mémoire collective et l’édification d’une romanité encore en devenir à l’aube du principat.

L’examen débute sur les lieux que l’épopée mobilise : toponymes, tableaux descriptifs d’édifices ou visites de villes. À l’époque augustéenne, chaque espace est investi d’une charge idéologique incarnant matériellement le processus de construction d’une culture, d’une identité, d’une mémoire et d’une ethnicité proprement romaines. L’Énéide exploite ces espaces comme des vecteurs narratifs essentiels, en intégrant leur valeur formative dans la trame de l’épopée. Le statut des lieux, leurs caractéristiques poétiques, leur rôle dans l’économie du récit et la diversité des regards qui les appréhendent constituent autant d’axes permettant de comprendre la pluralité mémorielle à l’œuvre dans le poème. 

L’enquête se poursuit avec plusieurs interrogations : quels objets mentionnés dans l’épopée peuvent-ils être qualifiés d’objets de mémoire et selon quels critères ? Relèvent-ils de catégories distinctes ? Existe-t-il d’autres objets en dehors des armes dont les premiers mots du poème suggèrent l’importance ? Quelle est leur trajectoire au sein du récit et comment Virgile leur confère-t-il une profondeur mémorielle propre, capable d’inscrire la narration dans un cadre historiquement signifiant ? Ces artefacts agissent-ils comme de simples supports de mémoire ou bien comme des vecteurs actifs de transmission, dotés d’une autonomie mémorielle ou d’une aura excédant leur fonction et leur place dans l’action ?

C’est à partir de ce postulat que se structurent les deux parties de cette étude sur les lieux et les objets de mémoire qui constituent des marqueurs de la vitalité et de la complexité des origines grecques, troyennes et italiques de Rome. Il appartenait aux Romains du ier s. a.C. de se réapproprier leur passé, à Virgile d’en assurer la permanence dans la mémoire des siècles.

19/11/2026

Emmanuelle Raymond-Dufouleur est agrégée de Lettres classiques et maître de conférences de langue et littérature latines à l’Université d’Angers.