La scansion chronologique du principat augustéen est, depuis toujours, une question complexe. Nous sommes en effet les héritiers de la vision telle qu’elle ressort des sources anciennes, lesquelles appliquent une forme de déterminisme rétrospectif dans leur présentation globale du principat en partant du constat de la survie du régime et du succès du programme politique d’Auguste. Or l’historien doit toujours se méfier de la perspective téléologique, en vertu de laquelle tout devait se passer comme cela s’est passé et qui laisserait à penser que le régime impérial s’installa une fois pour toutes en 27 a.C. Trop souvent, le Principat d’Auguste est considéré comme une période unique, caractérisée par la présence de la même personne au sommet de la res publica et par la mise en place de nombreuses réformes destinées à jeter les bases des institutions du Haut-Empire romain. Nous appelons habituellement cette période l’époque augustéenne. Cette approche présente toutefois un inconvénient, celui de passer sous silence le fait que les quarante années durant lesquelles Auguste resta au pouvoir se divisent en plusieurs phases et que la mise en place du régime, avec son empirisme et ses tâtonnements, dura jusqu’à la mort du fils de César en 14 p.C.
Ce volume se propose de montrer que les dernières années du principat d’Auguste furent marquées par des changements et de nombreuses réformes : elles constituent en ce sens un tournant fondamental. Dix-huit chapitres sont répartis en trois grandes parties. La première est consacrée aux personnages de premier plan de la dernière époque augustéenne : Auguste, Tibère, Livie et les autres membres de la famille. La deuxième rassemble les études consacrées aux différentes réformes qui se sont succédé tout au long du principat d’Auguste en centrant le débat sur les dernières années. Une troisième et dernière partie étudie l’attitude des différents acteurs politiques qui gravitèrent autour du prince et de sa dynastie (sénateurs, chevaliers, soldats, peuple) et dont le ralliement était nécessaire si l’on rappelle que le nouveau régime ne cessa de mettre en avant le consensus uniuersorum.